Rencontre1oeuvre

Hiroshi Sugimoto : Opticks

Lumière !

« J’ai reproduit pour la première fois les expériences du prisme d’Isaac Newton il y a quinze ans. […] Les scientifiques et les artistes élargissent sans cesse leurs horizons en s’appuyant sur le travail de leurs illustres aînés, même si nous avons depuis longtemps perdu la trace de ceux qui ont eu les premières idées¹ »…

La première trace écrite de la Théorie de la lumière et des couleurs d’Isaac Newton remonte à l’année 1672, dans une lettre adressée à l’éditeur de Cambridge pour la Royal Society. Celle-ci relate une expérience débutée en 1666 consistant à laisser passer une faible source lumineuse (blanche) à travers un prisme de verre triangulaire dans une pièce noire : la lumière se décompose alors en plusieurs couleurs à la sortie de ce prisme. La lumière blanche est ainsi composée d’un mélange de sept couleurs originales (rouge, orange, jaune, vert, bleu, indigo, violet-pourpre) et d’une multitude de couleurs intermédiaires. Cette découverte majeure fut la base de nombreuses inventions technologiques omniprésentes dans la société actuelle comme l’éclairage LED, l’imagerie médicale et bien sûr les écrans. La théorie des couleurs fut également une source d’inspiration artistique, que ce soit d’un point de vue plus scientifique chez les pointillistes au XIXe siècle, ou spirituel pour les Pink Floyd et leur album The Dark Side of the Moon en 1972 ; sans oublier le domaine de la photographie comme c’est le cas ici avec Hiroshi Sugimoto.

Sugimoto débute sa série des Opticks — référence au fameux traité de Newton de 1704 — en 2018, après des premiers essais au début des années 2000. Cependant, au lieu de porter toute son attention uniquement aux couleurs primaires, l’artiste s’intéresse davantage aux couleurs intermédiaires, nuances des premières. « Le monde regorge d’innombrables couleurs, alors pourquoi la physique s’obstine-t-elle à n’en retenir que sept ? Ces couleurs intermédiaires ignorées me semblent donner une image plus fidèle du monde² ». À l’aide de pellicules Polaroid, Sugimoto capture ainsi les dégradés de couleurs, jouant avec leurs teintes et l’opposition au noir :

« J’ai l’impression de voir des particules de lumière, et que chacune de ces particules individuelles présente une couleur subtilement différente de la suivante. Du rouge au jaune, du jaune au vert, puis du vert au bleu — les couleurs projetées contiennent une infinité de nuances et changent à chaque instant. Je suis submergé par la couleur. En particulier lorsque les couleurs s’estompent et se fondent dans l’obscurité, le dégradé semble se dissoudre dans un pur mystère. […] Avec la lumière comme pigment, je crois avoir réussi à créer un nouveau type de peinture³ ».

La lumière est donc une source intarissable de recherche plastique, en témoigne également la carrière de Pierre Soulages qui réussit à la faire jaillir avec la couleur noire.
Sept Opticks sont visibles actuellement au musée Soulages jusqu’au 13 septembre 2026, dans le cadre de l’exposition « Hiroshi Sugimoto : Reprendre la mélodie ». Venez les découvrir !

  1. Catalogue de l'exposition "Hiroshi Sugimoto. Reprendre la mélodie", p 69.
  2. Ibidem.
  3. https://www.sugimotohiroshi.com/polarized-color-1
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