Dans sa monographie Architecture, Hiroshi Sugimoto évoque deux souvenirs littéraires qui lui sont revenus à la suite des attentats du 11 septembre 2001 et à la lecture desquels son travail de photographe s’éclaire encore un peu plus ; il s’agit de Notes de ma cabane de moine et de Ce qu’il faut de terre à l’homme.
Le premier, qui remonte au XIIIe siècle, est un classique de la littérature japonaise que l’on doit à un moine bouddhiste japonais, Kamo no Chōmei, et le deuxième, datant du XIXe siècle, est une courte nouvelle que l’on doit au grand écrivain russe, plus connu pour ses romans-fleuves, Léon Tolstoï.
Bien que sept siècles séparent ces deux réflexions, il semble que les mêmes questionnements animent leurs auteurs, la même recherche essentielle, celle-là même qui semble occuper encore deux siècles plus tard l’artiste Hiroshi Sugimoto : ce « quelque chose » qui tourne autour de l’habitat et de la terre où l’on vit, cette quête que Kamo no Chōmei résume ainsi : « Où faudrait-il s’installer, que faudrait-il faire, pour être un peu tranquille, et pour goûter ne serait-ce qu’un instant le contentement du cœur ? »
Deux lectures qui ont en commun d’appréhender la condition humaine au regard de son environnement et de son habitation, que cet « être au monde » s’établisse dans le bois d’une toute petite cabane ou sur le sol d’une terre à cultiver.
Dans le texte de Tolstoï, un moujik (paysan russe) est affamé de connaître enfin la joie d’être propriétaire, tandis que le moine bouddhiste Kamo se retrouve mis à l’épreuve du « détachement » qu’il a pourtant choisi. Deux histoires qui illustrent et interrogent ce qui pourrait être finalement un précepte et qui tiendrait tout entier dans le titre de la nouvelle de Tolstoï, Ce qu’il faut de terre à l’homme. Cette formule, comme une vérité énigmatique, n’est pas sans rappeler une formule d’un autre moine cher à Sugimoto, le moine Myōe, qui, dans ses traités bouddhistes, invite à être « comme il convient d’être ».
De quoi méditer…
En bref, deux textes, l’un sous la forme d’un journal autobiographique, l’autre sous la forme d’un conte, qui résonnent très fort avec l’œuvre photographique de Sugimoto et sa dimension métaphysique.
L’été sera philosophique ou ne sera pas !
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Kamo no Chōmei, Notes de ma cabane de moine, éditions Le bruit du temps, 2010.
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Kamo no Chōmei, Hojoki, Notes de ma cabane de moine, adaptation manga Shinkichi, Synchronique éditions 2025,
PVP : 14,90 €
Léon Tolstoï, Ce qu’il faut de terre à l’homme, éditions Sillage, 2020.
PVP : 6 €
Hiroshi Sugimoto, Architecture, édition Atelier EXB, 2019.
PVP : 50 €