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Voyage

Après les États-Unis, le Japon ! 

Découverte du pays du soleil levant

L’aventure américaine du couple Soulages se termine au début de l’année 1958. Après New York, ils visitent Philadelphie, Washington, Chicago, San Francisco et les îles Hawaï et Kauaï, pour finalement s’envoler vers Tokyo…

Le Japon, comme l’Allemagne et les États-Unis, fait partie des pays étrangers à s’intéresser très tôt à la peinture de Pierre Soulages puisque sa première exposition collective à lieu en 1951, avec le Salon de Mai. Le travail de l’artiste apparaît également dans plusieurs numéros du fameux magazine Bokubi, dès 1953, dont l’objectif est la promotion de la calligraphie en lien avec la création abstraite contemporaine. C’est ainsi qu’en 1957, Pierre Soulages remporte, avec Sam Francis, le Grand Prix de la Biennale de Tokyo avec l’œuvre Peinture 195 × 130 cm , 20 juillet 1956, ce qui lui donne une bonne occasion pour se rendre au Japon.

Soulages se souvient de son arrivée à Tokyo et surtout du choc linguistique : il était incapable de lire quoi que ce soit, rien n’était traduit en alphabet latin. Le peintre est également marqué par l’architecture des temples Shintō, l’esthétique des jardins, mais aussi par certains concepts philosophiques comme le Kintsugi, qui signifie « jointure en or ». Cette pratique japonaise consiste en la restauration de céramique avec de l’or, mettant ainsi en valeur la brisure comme faisant partie intégrante de la vie de l’objet. Une politique de l’accident et de l’imperfection que l’on retrouve largement dans l’œuvre de Pierre Soulages.

Lors de ce voyage, Soulages rencontre le groupe d’artiste calligraphes Bokujinkai, fondé par Shiryû Morita avec qui il gardera contact. Le peintre japonais organise même une table ronde en l’honneur de Pierre Soulages et Zao Wou-Ki (qui n’a pas encore quitté le couple Soulages), le 20 janvier 1958 afin de discuter des liens entre la calligraphie et l’École de Paris, accompagnés de l’historien de l’art Itsuji Yoshikawa, du philosophe Tsutomu Ijima et d’un interprète. La calligraphie est au centre de la discussion, c’est l’une des premières fois que Soulages s’exprime sur le sujet, faisant un parallèle avec sa propre démarche :

« Lorsque je regarde la calligraphie japonaise, ce qui me frappe avant tout, c’est l'espace qu’elle crée, la relation entre la matière noire et le blanc du papier. Dans mes propres œuvres, c'est exactement ce rapport que je cherche à construire. Il me semble que, dans la calligraphie japonaise, cette dimension est poussée à un degré de raffinement exceptionnel 2 ».

Pierre Soulages ne retournera au Japon que vingt-six ans plus tard, à l’occasion de sa première rétrospective qui s’est tenue au Seibu Museum of Art de Tokyo, du 2 janvier au 15 février 1984. Ses liens avec le pays perdurent. En 1992, Soulages reçoit le Praemium Imperiale équivalent du Prix Nobel, à Tokyo, et en 2021, il est décoré de la plus haute distinction japonaise pour un artiste : l’Ordre du Soleil levant. En 2024, une nouvelle rétrospective lui est consacrée, aux côtés de l’artiste Shiryû Morita, au Hyogo Prefectural Museum of Art de Kobe.

1 La transcription de cette discussion est à retrouver dans le n°76 de Bokubi, 1958, p. 2-21.
2 Ibidem, mots de Pierre Soulages.

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