Lucio Fontana, Concetto Spaziale, La Fine Di Dio

Spatialisme et religion ?

Lucio Fontana (1899-1968), artiste argentino-italien, débute sa carrière artistique par la céramique, puis en 1949, découvre la peinture sur toile. Alors, s’ouvre à lui une ère nouvelle, le spatialisme, dont les premières théories naissent dès 1946.

Les premières définitions du mouvement spatialiste naissent donc en 1946, à Buenos Aires, avec l’écriture du Manifeste Blanc par des étudiants des Beaux-arts. S’ensuit la publication de plusieurs textes sous forme de tracts jusqu’en 1952. Ce courant repose sur l’expérimentation. Tourné vers le futur, il se veut révolutionnaire. Pour cela, l’artiste spatialiste doit aller au-delà de la mimesis, c’est-à-dire de la simple représentation du réel via la figuration. Il est question de créer un art propre, éloigné de la représentation. Fontana est particulièrement sensible aux grands progrès qui s’opèrent dans la seconde moitié du XXe siècle et notamment la course à l’espace, la compréhension de l’univers. Selon lui, l’art est en corrélation avec le monde qui nous entoure et doit ainsi être évolutif et novateur : « On demande un changement dans l’essence et dans la forme. On demande un dépassement de la peinture, de la sculpture, de la poésie, de la musique. On a besoin d’un art supérieur compatible avec les exigences de l’esprit nouveau »1. Ainsi, l’art spatialiste repose sur deux principes : le temps et l’espace. Cela se traduit par un dynamisme, mouvement au sein des œuvres, créé à travers des jeux de matières, de couleurs ou de lumière. Le mouvement, par définition, est une donnée non figée et évolutive, dans le temps et l’espace.

Concetto Spaziale, La Fine Di Dio fait partie d’une série de 38 toiles, réalisées en 1963 et 1964. Ces œuvres monochromes, parfois pailletées, se caractérisent par leur forme ovale (évoquant un œuf) de même taille, et par la présence d’entailles, graffitis ou perforations. Les Fins de Dieu renvoient à une pensée particulière de Lucio Fontana sur la question du lien entre les sciences et la religion : « Et Dieu c’est le néant… […] je ne crois pas aux dieux sur terre, c’est impensable. Il peut y avoir des prophètes, mais pas des dieux. Dieu est invisible. Dieu est inconcevable. Alors, aujourd’hui, un artiste ne peut représenter Dieu avec une barbe, assis dans un fauteuil et tenant le monde entre ses mains…Voilà, même les religions doivent se tenir au courant des découvertes scientifiques… »2.

Par le terme néant, il faut entendre une absence matérielle de l’être, et donc ici de Dieu. Fontana fait directement référence à l’espace, au cosmos et son infinité, pour lui « L’infini, c’est le néant et l’éternité sur terre n’existe pas »3.

Alors, ces toiles en forme d’œuf, image de la naissance et du commencement, perforées, sont ouvertes sur le vide, l’infini néant : une façon de montrer la fin de la représentation de Dieu comme être existant sur terre. L'artiste ne nie pas le divin, mais le refuse matérialisé sur terre, car l’idée d’un dieu immortel est inconcevable scientifiquement.

Au-delà de son discours, Fontana laisse une place importante à l’expérience de chacun face à ses toiles, pour cela nous vous invitons à venir voir l’exposition rétrospective de l’artiste au musée Soulages !

1 Manifeste blanc, 1946, dans l’ouvrage Ecrits de Lucio Fontana (Manifestes, textes, entretiens), Traduction, présentation, et essai introductif par Valérie Da Costa, les presses du réel, 2013
2 « Entretien avec Carla Lonzi, 1967 » dans l’ouvrage Ecrits de Lucio Fontana (Manifestes, textes, entretiens), Traduction, présentation, et essai introductif par Valérie Da Costa, les presses du réel, 2013
3 Ibidem.

 

 

Fiche d'identité de l'oeuvre
Matériaux
Huile
Provenance
Collection particulière
Chronologie
1963
Technique
entailles et perforations sur toile
Dimensions
178 x 123 cm,
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