GALAXIE SOULAGES

Interview avec Gilbert Dupuis

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De gauche à droite : (1) Photo Gilbert Dupuis - (2) Peinture 202 x 256 cm, 10 octobre 1963, musée Soulages Rodez - (3) Archives Hirsch library Museum of Fine Art, Houston - (4) Photo Jany Dupuis, Rome 2013

Qui êtes vous ?

Artiste, ex-maître de conférences en arts plastiques à l’Université Rennes 2. Fondateur de la galerie Art & Essai en 1985, première galerie universitaire (préfiguration en 1983). Utilisateur des nouvelles technologies depuis 1987. Vers 1989, élu au conseil scientifique de l’Université Rennes 2, je préside la commission informatique, à la suite de diverses initiatives pédagogiques en arts plastiques.

Pouvez-vous nous raconter votre première rencontre avec Pierre Soulages ?

J’ai acquis des connaissances sur l’œuvre de Pierre Soulages il y a environ 70 ans, poussé par un intérêt précoce et passionné pour la peinture en général, et pour la peinture abstraite en particulier. J’ai assisté, à Angers, alors lycéen en culottes courtes, à une conférence de Michel Ragon et James Guitet sur l’art abstrait.

Fin 1979, je rencontre Pierre Soulages dans une galerie où j’exposais avec Pierrette Bloch ; c’est elle qui me l’a présenté. Nous avons immédiatement constitué un « trio ». Peu après, dans son atelier, nous avons discuté du brouillon de mon texte « Pierre Soulages peintre, Pierre Soulages graveur », écrit pour une thèse de troisième cycle. Approbation de Pierre Soulages sur le contenu. Texte repris dans diverses publications, dont « Soulages, le temps du papier », au Musée d’Art Moderne et Contemporain de Strasbourg.
Je réalise un certain nombre de livres d’artiste à exemplaire unique, avec des pages manuscrites de PS, ainsi qu’une édition limitée « PS par GD ».
En 1985, pour mon premier commissariat, j’expose dans « Blanc… Noir » à Boulogne-sur-Mer la plus grande toile de l’artiste de cette époque (Peinture 222 × 628 cm, avril 1985). Dans le catalogue, Pierre Soulages écrit pour conclure : « Pourquoi le noir… parce que ! », expression souvent reprise dans les ouvrages et commentaires.

Mais aussi, mes actions autour de l’artiste :

J’inaugure la galerie Art & Essai en janvier 1985 avec l’exposition « Artistes au travail », comprenant notamment des photographies de Colette Soulages montrant Pierre Soulages en action dans son atelier. En 1986, expose dans le même lieu « Pierre Soulages peintre, Pierre Soulages graveur », avec une plaquette-catalogue éponyme. Présence de l’artiste au vernissage et rencontre avec le public (environ 300 personnes, avec Jean-Marc Poinsot, historien de l’art contemporain invité à la tribune). J’expose également Pierre Soulages dans ce lieu lors d’une exposition collective organisée pour le FRAC Bretagne, « Blanc Noir Blanc » (1987), exposition itinérante en Bretagne.

En 1988, j’organise une exposition réunissant trois artistes : « Gilbert Dupuis invite Pierrette Bloch et Pierre Soulages » à la galerie Oniris de Rennes.

En 1999, je signale des problèmes d’usurpation du nom de Pierre Soulages sur Internet. La décision est prise, avec Pierre et Colette Soulages, d’anticiper en créant un site officiel à partir du fonds d’archives et de l’actualité de l’artiste, avec l’aide du graphiste et photographe Laurent Dupuis* et de Pierre Mobian**, hébergeur : www.pierre-soulages.com.

Je suis présent à l’accrochage et/ou au vernissage de diverses expositions à Toulouse, Saint-Pétersbourg, Moscou, Montpellier, Paris, Nantes, Valence, Strasbourg (conférence), Berlin, Lyon, Rome, Rodez, Antibes… et je suis missionné pour les documenter sur Internet. La fréquentation du site dépasse les 100 visites par jour.
Je fais des séjours réguliers à Sète depuis 1980.

Quelle est votre oeuvre préférée ?

Je n’ai pas d’œuvre vraiment préférée de Pierre Soulages, connaissant et admirant l’ensemble de son œuvre. S’il fallait néanmoins se plier à la règle du jeu, je pourrais dire que je me suis attaché à « Peinture 202 × 256 cm, 10 octobre 1963 », que j’ai transportée et accrochée moi-même à la galerie Art & Essai en 1986. Elle fait partie de la collection du Musée Fabre, à Montpellier, et est déposée au Musée Soulages.

Je me suis également demandé quel document d’exposition m’avait le plus fasciné. J’ai eu ces photographies entre les mains : Houston, 1966. Je pense que si les peintures font l’exposition, c’est aussi l’exposition qui fait l’œuvre.

J’aimerais que l’on réfléchisse encore aux décisions scénographiques qu’a prises Pierre Soulages pour préparer ses expositions, ainsi qu’à leurs traces photographiques, y compris celles de ses maquettes.

Un souvenir…

Tout ce qui précède relève de souvenirs documentaires, mais je me souviens aussi d’une anecdote — si vous le souhaitez — comme souvenir hors champ :

J’ai toujours été impressionné, et sans doute le suis-je encore, par la forte présence de Pierre Soulages. Fin 1979 ou début 1980, j’avais un premier rendez-vous dans son atelier pour parler gravure. J’étais un peu fébrile. Pierre Soulages me raconte qu’il s’entendait bien avec Roger Lacourière, le créateur de l’atelier éponyme, parce qu’ils avaient tous les deux une expérience du pilotage d’avion, dont ils parlaient ensemble.

J’ajoutai alors : « Oui, vous étiez tous les deux dans le zinc ! » Pause, rires***.

Cette très moyenne plaisanterie m’a au moins permis d’initier le plaisir de nous fréquenter sans contrainte cérémonielle.

J’accompagne le site internet www.pierre-soulages.com de quelques actualités sur les réseaux sociaux, mais j’utilise Instagram comme une sorte de boîte dédiée à des cartes postales amicales. J’y ai ainsi publié cette photo de « portrait caché », prise de ma personne pendant l’accrochage, à la Villa Médicis, de « Soulages XXI secolo » (2013). Un ou plusieurs commentaires montrent qu’il y a eu erreur sur la personne : on a cru voir Pierre, et non moi-même ici photographié. Flatté !

*www.estampes.com

**www.netagence.com

*** En fait Pierre Soulages n’a quasiment travaillé qu’avec des plaques de cuivre pour ses eaux-fortes. Si l’on voit exposées des plaques de couleur grise, c’est parce que ces plaques ont été aciérées ultérieurement par électrolyse pour les durcir.

– Gilbert Dupuis, mai 2026

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