Prêts à long terme du Centre Pompidou

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En 2017, à l’occasion de l’exposition « Les Soulages du Centre Pompidou », le musée Soulages avait exposé les deux goudrons sur verre donnés par Pierre Soulages au musée national d’art moderne en 2013. Aujourd’hui, ils sont de retour au musée, ainsi que la toile Peinture 146 x 114 cm, 1950 !

Exposés dans la rétrospective « Pierre Soulages. La rencontre » au musée Fabre de Montpellier, Goudron sur verre 45,5 x 76,5 cm, 1948-1, Goudron sur verre 45,5 x 45,5 cm, 1948-2 et Peinture 146 x 114 cm, 1950 seront présentés au musée Soulages jusqu’en 2030, dans le cadre du programme de prêts mis en place par le Centre Pompidou durant leur fermeture. Revenons alors sur ces œuvres du début de carrière de l’artiste.

Plusieurs anecdotes de vie accompagnent les œuvres de Pierre Soulages, comme celle de la tache de goudron de la gare de Lyon.

« L’opposition du ton brun-noir avec le blanc du fond dans la peinture au brou de noix, ou avec la lumière traversant le verre pour ces goudrons a peut-être inconsciemment trouvé son origine dans l’émotion éprouvée à mon arrivée à Paris, en 1946, devant la peinture non intentionnelle des réparations au goudron de la grande verrière de la gare de Lyon endommagée pendant la guerre (1) ».

À l’été 1948, à Montpellier, Soulages décide d’expérimenter la peinture sur verre. Pour cela, il utilise des morceaux de verre cassés issus d’une serre, et à l’aide d’un pinceau queue-de-morue, vient déposer du goudron (habituellement utilisé pour protéger les toits de la rouille), mélangé à du white-spirit. Ces Goudrons sont réalisés à plat, puis redressés avant que la matière ne soit complètement sèche, provoquant ainsi des coulures. Soulages choisit ce matériau pour son caractère épais, dense et d’un noir profond. Contrairement aux brous de noix qu’il réalise à la même période, la forme « signe » n’est pas centrée, mais semble se poursuivre au-delà du morceau de verre, comme si ces fragments appartenaient à quelque chose de plus grand, et qu’ils n’étaient en réalité que des détails.

Ces verres sont les premières traces d’expérimentation sur ce support chez Soulages, il en existe d’ailleurs un troisième s’ajoutant à cette série, conservé au Musée d’Art moderne, Saint-Étienne : Goudron sur verre 76, 5 x 45, 5 cm, 1948-3. D’autres travaux suivront ensuite, comme les deux vitraux réalisés en Allemagne à l’atelier Oidtmann (1965 et 1968), l’huile sur verre conservée au Ludwig Museum Koblenz, la peinture incluse dans du verre à Lima en 1968, et bien sûr les vitraux de l’abbatiale de Conques.

Les différentes techniques de Pierre Soulages sont le plus souvent reliées entre elles, l’important restant la lumière. Comme évoqué précédemment avec le brou de noix et le verre, des parallèles se font aussi avec le papier et la toile. Cependant, le travail sur papier n’est pas préparatoire, mais œuvre à part entière, autonome. Dans Peinture 146 x 114 cm, 1950, on retrouve un lien évident avec les encres réalisées en 1949 et 1950 : une composition de barres noires, fines et entremêlées, tracées d’un geste vif. La structure du tableau est originale, le noir recouvre en aplat quasiment tout le contour de la toile et se confond parfois avec les droites, donnant une illusion de pochoir sombre placé sur un fond coloré.

Cette peinture présente une autre particularité, puisqu’elle a une sœur jumelle : Peinture 146,5 x 97 cm, 14 juin 1950, conservée au Museum Ludwig de Cologne. Ce n’est pas la première fois que Pierre Soulages réutilise une composition qui « fonctionne ».

Au début de sa carrière, il réutilisait certaines structures faites sur papier pour les adapter sur toile pratiquement à l’identique, comme c’est le cas par exemple de Fusain sur papier 76 x 69,5 cm, 1946 et Peinture 41 x 33 cm, 1946. Une même composition pouvait servir à la fois sur papier, toile et même pour la gravure. Ce schéma de répétition sera gardé toute sa carrière, plusieurs exemples à travers plusieurs décennies existent : Brou de noix 32,5 x 25,5 cm, 1949-1 qui sert à Peinture 92 x 65,5 cm, 22 novembre 1952, Peinture 130,9 x 90 cm, 8 janvier 1955, Eau-forte XIII, 1957 et Bronze I, 1975.

La quête de lumière est donc incessante chez Soulages qui n’hésite pas pour cela à explorer différents médiums, les uns influençant les autres. « C’est ce que je fais qui m’apprend ce que je cherche », comme un mantra.

(1) Pierre Soulages, « Les éclats du noir », entretien de Pierre Encrevé, Beaux-Arts magazine, Hors-série, mars 1996.

Fiche d'identité de l'oeuvre
Matériaux
Verre
Provenance
Centre Pompidou
Chronologie
1948
Technique
Goudron
Dimensions
45,5 x 76,5 cm et 45,5 x 45,5 cm
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