A la suite du Centre Pompidou-Metz qui a présenté jusqu’au 31 août 2026, l’exposition « Louise Nevelson. Mrs. N’s Palace », le Musée Soulages proposera une version adaptée du parcours conçu à Metz, première exposition en France dédiée à la grande sculptrice américaine depuis plus de cinquante ans. Le commissariat de l’exposition sera assuré par Anne Horvath, responsable du pôle Programmation du Centre Pompidou-Metz. Ce parcours réunira près d’une centaine d’oeuvres (sculptures, collages, gravures et films), réparties en cinq grandes sections. Il mettra en lumière la pratique de la sculptrice et son dialogue avec la danse, puis l’ensemble conçu autour du « jardin magique », avant d’aborder les constructions symboliques dédiées à l’aube et au crépuscule, les maisons de rêve, et de s’achever sur de vastes murs abstraits et géométriques. Des sculptures provenant d’environnements noirs, dorés et blancs y côtoieront de nombreux collages et gravures, révélant toute la diversité de l’oeuvre de l’artiste.
Pierre Soulages était un admirateur de l’œuvre de Nevelson, dont il partage la démarche d’exploration de la couleur noire, de sa radicalité et des jeux d’ombres et de lumières qu’elle occasionne, mais également le goût pour l’environnement et l’espace de l’œuvre, jusque dans sa dimension architecturale. En 1958, en compagnie du critique d’art Michel Tapié, Soulages visite l’atelier de Nevelson.
Née en Ukraine en 1899, décédée en 1988, Louise Nevelson a parfois été rapprochée du cubisme, du constructivisme, ou des pratiques dadaïstes et surréalistes du collage. Mais son œuvre se déploie pourtant bien au-delà, et ses horizons embrassent une histoire des arts où la danse et la performance, au cœur de l’exposition, occupent une place décisive.
Cette dimension s’incarne dans les expositions qu’elle concevait comme de véritables « atmosphères » ou « environnements », qui ont participé à élargir radicalement le champ de la sculpture. En 1958, Louise Nevelson met en scène son premier grand environnement, à New York, dans lequel elle présente son premier « mur », Sky Cathedral, un hommage vertical à New York, sa ville d’adoption. Aucun détail n’est laissé au hasard. Tout élément venant perturber l’installation est mis de côté. Nevelson porte un intérêt particulier à l’illumination, et nimbe pour la première fois certaines de ses œuvres de lumière bleue, intensifiant les ombres et la désorientation du regardeur dans la pénombre. C’est tout le corps qui est invité à s’engager sur la scène créée par l’artiste, dans une théâtralité réinventée à chaque exploration.
L’étude pendant vingt ans de l’eurythmie avec Ellen Kearns, qui enseigne une expression corporelle dont l’objectif est de découvrir sa force vitale et son énergie créatrice, alliée à sa fascination pour Martha Graham dans les années 1930 révolutionnent la vie et l’œuvre de Nevelson, à commencer par ses premières sculptures en terre cuite qui représentent dès les années 1940 des corps dansant en mouvements articulés. En 1950, sa découverte du Mexique et du Guatemala insuffle une dimension monumentale à son oeuvre, désormais habité par un mélange de géométrie et de magie. Sous cette double influence émergent ses environnements, progressivement colossaux, enveloppants, totémiques et sacrés. Nevelson imagine ainsi des lieux à explorer plutôt qu’une sculpture à regarder frontalement, traçant un sillon singulier dans le paysage artistique américain des années 1960.
Dans les « murs » qui assurent sa renommée, Nevelson érige les rebuts rejetés par la ville de New York en sculptures verticales, sublimées par un voile monochrome, le plus souvent noir, parfois blanc ou doré. S’y déploie un monde de formes esquissé par celle qui se décrit comme une « architecte d’ombre et de lumière ». Ces fragments recyclés, métamorphosés en colonnes abstraites, peuvent aussi être perçus comme des maisons reconstruites, tour à tour refuges ou palais, et qui trouvent leur prolongement dans la série des « Dream Houses » au début des années 1970, en écho à l’essor de la pensée féministe.
La fascination exercée par ses « murs » tient sans doute au mystère qu’ils irradient. Chaque environnement est justement porté par une narration que Nevelson compose autour de figures et de paysages mythiques déjà sensibles dans ses premières gravures, et qui ouvrent sur un monde n’existant qu’aux moments où la perception vacille, où le temps s’enroule, à l’aube ou au crépuscule, entre les vestiges d’un monde ancien et la promesse d’un univers à venir. Ce mystère persiste jusqu’à ses toutes dernières œuvres, réalisées au milieu des années 1980, comme en témoigne Artillery Landscape, où le registre militaire est relié à l’univers onirique et secret de coffres à moitié ouvert, induisant la participation du corps du visiteur à une sculpture pensée comme une mise en scène.
Entrée musée (collection + exposition): de 8€ à 12€ / gratuit pour les étudiants et - de 18 ans
Visite guidée de l'exposition : mercredis, samedis et dimanche s à16h30 / 4€ en complément du billet d'entrée
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